Une pilule contre la calvitie pourrait avoir des effets psychologiques préoccupants, selon une étude

Le finastéride, médicament populaire contre la calvitie, est sous le feu des critiques après qu’une étude a mis en lumière ses effets psychiatriques graves. Bien que perçu comme inoffensif, ce traitement est lié à un risque accru de dépression et de pensées suicidaires, soulevant des interrogations sur la sécurité des médicaments à visée esthétique

[Article initialement publié le 1er octobre 2025]

Chaque année, des millions d’hommes choisissent de prendre du finastéride pour ralentir leur perte de cheveux, sans toujours mesurer les effets potentiellement graves de ce traitement présenté comme anodin. Initialement développé pour traiter l’hypertrophie bénigne de la prostate, ce médicament est devenu, depuis sa ré-autorisation en 1997 par la FDA pour l’alopécie, un standard dans les prescriptions esthétiques.

Pourtant, des signaux préoccupants, longtemps minimisés ou ignorés, émergent désormais de manière convergente dans la littérature scientifique. Une revue analytique, menée par le professeur Mayer Brezis (Université hébraïque de Jérusalem) et publiée en septembre 2025 dans The Journal of Clinical Psychiatry, alerte sur des liens solides entre le finastéride et des troubles psychiatriques graves, allant de la dépression aux idées suicidaires. À l’échelle mondiale, les conséquences de cette négligence pourraient se chiffrer en milliers de victimes. L’enjeu dépasse le simple cadre médical : il interroge sur notre rapport au risque dans les traitements esthétiques.

Une pilule cosmétique aux conséquences dramatiques

Le finastéride est un inhibiteur de l’enzyme 5α-réductase, utilisé pour réduire la production de dihydrotestostérone (DHT), hormone impliquée dans la chute de cheveux chez les hommes. Commercialisé sous divers noms (Propecia, Proscar), il est autorisé depuis 1997 pour l’alopécie androgénétique. Ce traitement oral est aujourd’hui prescrit à des millions de patients dans le monde.

Mais les effets secondaires du médicament ne se limitent pas aux troubles sexuels déjà bien documentés. Une série d’études menées entre 2017 et 2023 révèle un lien statistiquement significatif entre la prise de finastéride et l’apparition de troubles psychiatriques. Notamment la dépression, l’anxiété et des idées suicidaires. L’étude récente compile huit études, dont quatre analyses de bases de données de pharmacovigilance (comme FAERS aux États-Unis) et quatre études exploitant les dossiers médicaux de millions de patients dans plusieurs pays (Canada, Israël, Suède, États-Unis).

Ces données convergentes montrent un risque accru de 57 % de dépression chez les utilisateurs de finastéride, comparé à des groupes témoins. Des cas de suicide ont été observés même chez des patients jeunes, sans antécédents psychiatriques. Selon les estimations de Brezis, plusieurs centaines de milliers de personnes auraient été touchées par des troubles mentaux induits. En outre, des centaines de suicides pourraient être liés au traitement.

Ce constat soulève une question centrale. Faut-il accepter un tel risque pour un médicament prescrit dans un but esthétique, sans urgence médicale ?

Témoignages de vies bouleversées

Au-delà des statistiques, les effets du finastéride s’incarnent dans des récits individuels marqués par la souffrance. L’exemple de Kyle, un jeune Britannique de 26 ans interviewé par la BBC, illustre l’impact dévastateur que ce traitement peut avoir sur la santé mentale. Après une simple commande en ligne, Kyle a pris du finastéride pendant six semaines. Rapidement, il a ressenti une chute de libido, des troubles émotionnels, des idées noires et une perte de lien avec ses proches. « C’est comme si ça avait castré mes émotions », témoigne-t-il. Les symptômes ont persisté même après l’arrêt du médicament.

Cette situation est loin d’être isolée. De nombreux patients rapportent un ensemble de troubles persistants après l’arrêt du traitement : fatigue chronique, anxiété, troubles cognitifs, attaques de panique, perte de motivation. Ce tableau clinique, désigné sous le nom de Post-Finasteride Syndrome (PFS), reste controversé. Néanmoins, il prend de l’ampleur à mesure que les témoignages s’accumulent. Il n’existe à ce jour aucun consensus médical sur les causes précises de ce syndrome, ni de traitement curatif.

Certaines hypothèses avancent que le finastéride, en inhibant la conversion de la testostérone, perturberait aussi la synthèse de neurostéroïdes comme l’alloprégnanolone. Cette molécule régule l’humeur. Ces effets pourraient entraîner des altérations durables du fonctionnement cérébral, même après l’arrêt du traitement.

L’histoire la plus marquante citée par le Pr Brezis est celle d’un homme en bonne santé, sans antécédents psychiatriques, qui a développé en quelques jours des symptômes sévères après avoir pris du finastéride. Malgré une prise en charge spécialisée, il s’est suicidé quelques mois plus tard. L’article scientifique lui est dédié. Ces cas interrogent profondément la légèreté avec laquelle ce médicament est parfois prescrit, voire banalisé dans l’espace public.

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