Une pharmacovigilance gravement défaillante
La révélation des effets psychiatriques du finastéride met en lumière des failles majeures dans le système de pharmacovigilance. En théorie, les autorités de régulation — comme la FDA aux États-Unis ou l’EMA en Europe — doivent surveiller la sécurité des médicaments une fois commercialisés. Pourtant, dans le cas du finastéride, les signaux d’alerte semblent négligés depuis plus de vingt ans.
Le professeur Brezis affirme que la FDA disposait, dès 2010, de documents internes évoquant les risques psychiatriques du médicament. Mais de larges parties de ces rapports étaient censurées pour des raisons de confidentialité. À l’époque, seules 18 morts par suicide avaient été officiellement recensées. Un chiffre malheureusement bien en deçà des estimations réalistes basées sur le nombre d’utilisateurs. En croisant les données disponibles, Brezis estime que jusqu’à 12 000 suicides pourraient être liés au finastéride sur 20 ans. Un chiffre qui reflète un sous-signalement massif.
Aucune des huit études majeures recensées dans la revue de 2025 n’a été commanditée par Merck, le laboratoire qui commercialisait le médicament. Aucune n’a été exigée par les autorités. Pourtant, des techniques comme l’analyse de disproportionnalité des événements indésirables ou le data mining dans les dossiers de santé électroniques, aujourd’hui couramment, permettent d’évaluer les risques de médicaments.
Selon Brezis, cette absence d’action témoigne d’un manque de volonté politique et réglementaire. Il explique dans un communiqué : « Le médicament a bénéficié d’un statut de produit cosmétique. Ce qui l’a soustrait à une vigilance renforcée. » Cette inertie rappelle d’autres scandales sanitaires comme celui du Vioxx, également produit par Merck. Le cas du finastéride questionne l’indépendance des régulateurs face aux intérêts commerciaux. Il appelle à une réforme profonde des procédures post-commercialisation.
Une distribution incontrôlée via Internet
La banalisation du finastéride passe aussi par sa diffusion massive via les plateformes de téléconsultation ou les pharmacies en ligne. L’enquête menée par la BBC en 2025 montre que plusieurs sites, dont des marques connues comme Superdrug, Hims ou Boots, proposent une prescription après un simple questionnaire à choix multiples, sans examen clinique ni échange verbal avec un professionnel de santé.
L’un des sites n’a même pas exigé de preuve que l’utilisateur souffrait bien de calvitie. La prescription se trouve alors validée par un médecin, parfois contre paiement d’un supplément pour un appel vidéo facultatif. Les boîtes de médicament, envoyées à domicile, ne contiennent souvent pas la carte d’alerte pourtant rendue obligatoire par les régulateurs britanniques depuis avril 2024.
Cette facilité d’accès contribue à une consommation désinhibée, notamment chez les jeunes hommes sensibles à la pression esthétique. Le Dr Greg Williams, vice-président de la British Association of Hair Restoration Surgery (BAHRS), rappelle qu’un médicament à risques ne devrait jamais se voir prescrit sans un bilan médical complet : antécédents psychiatriques, comorbidités, attentes du patient. Le problème n’est pas l’outil numérique en soi, mais l’absence de rigueur dans les procédures.
Cette dérégulation numérique crée un paradoxe. Un médicament potentiellement dangereux circule comme un produit de consommation courante, sans contrôle suffisant. L’urgence est désormais d’harmoniser les pratiques et de placer la sécurité du patient au cœur des décisions de prescription.
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